Profession : Entraîneur de L1 et L2 - Alain RAVERA
La dixième promotion des ostéopathes du sport est rentrée le 11 novembre 2011. Comme chaque année une conférence était proposée en fin de journée. Cette année nous avions l’honneur d’accueillir Alain RAVERA qui a entrainé plusieurs équipes de Football de L2 et de L1.
Tous les stagiaires ont été captivé par son exposé : « Le Football et l’Ostéopathie » dont en voici les grandes lignes.
Première rencontre avec l’ostéopathie : c’était en 1987 en tant que joueur alors que je souffrais d’une pubalgie. Les matches s’enchaînaient par dessus la douleur en première saison de L1. Un moment ça ne fonctionne plus et la mort dans l’âme il faut s’arrêter.
Que faire ? Les solutions classiques sont des rencontres avec des chirurgiens dont l’un veut raboter la symphyse pubienne, l’autre désinsérer les obliques et les recoudre plus haut et le dernier qui veut décrocher les adducteurs pour les recoudre plus bas.
J’ai eu peur…s
Mon entraineur de l’époque m’a adresser à son ostéopathe qui m’a alors proposé un deal :
Opération = 4 mois sans jouer et sans garantie.
Ostéopathie = 4 mois sans intervention et un équilibre retrouvé.
Je n’ai pas hésité et mon choix était fait. Alors j’ai compris alors qu’il fallait se tourner vers la cause et non pas vers la conséquence. Ceci a été un déclic dans beaucoup de domaines.
Ma relation à l’ostéopathie a été dictée par les blessures ponctuelles et également par une volonté de traitement de fond pour réguler, rééquilibrer et anticiper.
Précisons un peu comment je comprends en tant qu’entraîneur de foot le rôle et la fonction de l’ostéopathe dans l’environnement d’un club de foot.
1 – FOOTBALLEUR ET OSTEOPATHIE :
Le joueur de football est un animal, mais avant tout un joueur : il est programmé pour jouer, et le jeu ce n’est que du moment présent. Le gamin qui joue dans la cour de récré, il est dans l’action et c’est tout. Les jeunes footballeurs qui rentrent dans les centres de formation et de préformation (12-15ans) sont dans le jeu et donc l’action. Ils sont même assistés pour n’être que dans le jeu. C’est toute cette ambiance qui le construit. Que l’on tente alors de le solliciter dans la réflexion, cela n’est pas dans son schéma. Là ou on peut l’atteindre c’est dans la réflexions pratique de son jeu mais très peu ou pas du tout dans la réflexion de ce qui l’est en tant qu’individu, qu’il a un cerveau, et un corps qui est le capital le plus précieux de sa carrière, ainsi que la réflexion du moi et les autres, ou plus exactement du moi avec les autres.
Le joueur moderne est donc dans le présent, et dans le tout et tout de suite. Il existe peu dans le futur ou alors le futur proche : le prochain match ou le tout nouveau prochain contrat. Mais il n’est pas dans le passé. Il oublie vite très vite. Mais c’est aussi ce qui fait sa force et c’est en cela qu’il ressemble à un animal. Il est dans un milieu d’action, de spontanéité, de concurrence et de compétition. Socialement parlant le footballeur est de plus en plus dans le « JE » et de moins en moins dans le JEU.
Le football professionnel est un sport certes collectif mais où il n’y a pas de place pour tout le monde.
Si tu es demandé alors là tu joues, et si tu fais le tarif tout t’es dû.
Si tu es demandeur, tu ne ramasses que les morceaux.
Ce n’est pas non plus évident d’être toujours fort, performant dans la compétition au moment présent et ce jusqu’à 70 fois par saison.
Lorsqu’un joueur arrive face à l’ostéopathe, il est amené par quelqu’un, c’est rare que ce soit lui qui ait pris directement rendez vous. Son contexte est particulier, il est en détresse, il est perdu, il ne joue plus et 8fois sur 10 il y a urgence. Le joueur est expérimenté ou non, connu ou en devenir, il est amené en secret ou pas. Toujours est-il qu’il est en situation d’attente forte, mais aussi de passivité, tout lui est dû, vite, et sans se remettre en cause car c’est bien là le souci, il ne connaît pas son corps. Tout ce qu’il sait c’est pourquoi il est venu, il a mal ou encore mal malgré le temps passé et surtout il ne joue pas ? Il ne demande qu’une chose être soulagé, peu importe la méthode, les grandes théories. C’est le deuxième parallèle avec l’animal. Pourquoi en tant que thérapeute ne pas prendre ces éléments comme un avantage ?
Pour l’ostéopathe, le joueur arrive brut, il faut donc tout décoder.
Le problème à ce niveau c’est que si l’ostéopathe est très bon, qu’il solutionne la demande du joueur, la relation de l’ostéopathe peut vite passer de la détresse à la confiance, puis à la croyance, et peut être même pour finir vers la dépendance. Le footballeur ira toujours vers ce qui lui fait du bien, ce qui lui permet de jouer. C’est tout l’intérêt de travailler en amont, dans la durée et surtout dans la transparence.
2 – ENTRAINEUR ET OSTEOPATHIE :
En tant qu’entraîneur, je suis toujours à la recherche de ce qui peut améliorer la performance de l’équipe et par déclinaison du joueur afin de lui permettre de gagner. Que l’on soit premier ou dernier, nous sommes implacablement dans cette de performance, d’équilibre, et ensuite dans cette volonté de faire durer, mais il faut aussi admettre que le corps du joueur est énormément sollicité – d’abord par le sport pratiqué en particulier.
Ensuite, nous sommes confronté à des duels, des contacts, des prises de risques par des extensions de tout le corps et comme il n’ya qu’un ballon, il se le dispute chèrement sans compter. Le Joueur entre les mains de l’ostéopathe, ne peut pas tricher par rapport à son corps. A vous ostéopathes de décrypter cela.
Que l’on soit riche ou pas la compétition a les mêmes exigences pour tout le monde.
Fort de ces vérités mon parcours, ainsi que mes rencontres m’ont appris et depuis j’ai quelques convictions avec lesquelles j’appréhende mon fonctionnement.
ENTRAINER C’EST AMENER VERS. C’est aussi créer des mécontents sur le banc de touche.
Lorsque les convictions de l’entraîneur et du staff deviennent celles des joueurs, on passe de l’entraînement à ce que j’appelle l’accompagnement, et à ce moment là on peut entrevoir le haut niveau.
L’implication, l’appropriation de l’événement, au service du collectif, de l’Equipe. Mais ces situations sont rares, surtout dans la durée, et que cela demande un travail de remise en cause, d’anticipation, de recherche d’identité, de partage, et de planification de tous les instants.
La planification :
Une saison de football professionnel débuta fin Juin par la préparation et s’étale jusqu’à fin mai de l’année suivante. Certains joueurs qui sont encore en coupe ce sera fin juin, pour les internationaux cela peut être fin juillet.
Les joueurs encaissent de 40 à 70 matches par saison pour les meilleurs. C’est tout simplement énorme. L’ambition est donc de durer dans la performance, et ce pendant 9 mois d’affilée. Il me faut donc dans un premier temps vis à vis des joueurs que je sache à qui j’ai à faire et comment ils fonctionnent. Il est évident qu’avant d’infliger une charge de travail à l’effectif, je préfère savoir d’où je pars et avec « quoi » ou qui.
C’est dans ce temps là que pour moi l’ostéopathe prend toute sa place. Effectuer un état des lieux en pré-saison permet non seulement de mieux quantifier la charge de travail que peut encaisser le joueur, mais aussi d’appréhender ce que j’appel la charge de récupération nécessaire pour permettre la répétition des efforts. Dans le Haut niveau, sur 9 mois, il est très courant que les matches se succèdent tous les 3 jours. Etablir une cartographie du joueur sur son capital à la fois moteur, physique, pschychologique en collaboration avec le staff au grand complet est pour moi essentiel. Dans ce contexte l’Ostéopathie constitue un outil d’investigation très important, si l’on veut bien jouer le jeu de la prévention, de l’anticipation, le temps d’avance.
J’aime inviter l’ostéopathe à venir à assister à certaines séances d’entraînement surtout en période de pré – saison, car dans l’action le joueur s’exprime et montre souvent plus de choses qu’en parlant. D’autant qu’aujourd’hui les effectifs sont de plus en plus disparates culturellement (j’ai en ce moment 11 nationalités différentes). C’est vrai que les comportements dans l’action reflètent le caractère et les états d’âme du joueur. L’ostéopathe fait partie de ceux qui ont un accès très très proche du joueur. Lui aussi, l’ostéopathe, recherche l’équilibre et doit savoir décoder, ses observations et son analyse est précieuse.
A partir de ces différents constats, le suivi et l’accompagnement du joueur durant la ou les saisons ensembles seront d’autant plus efficaces.
En football, l’exception et l’urgence font la règle.
Avec l’expérience, j’ai compris que la volonté du technicien d’avoir ce temps d’avance devient souvent un combat en interne pour faire comprendre par exemple aux dirigeants que lorsqu’un joueur blessé se trouve entre les mains du Staff médical 9 fois sur 10 il est trop tard. Ainsi, je mesure l’ambition d’un club au budget alloué au staff médical. Ou l’on surf, on utilise et on espère, ou on construit et alors on s’en donne les moyens. Très rare sont les clubs pouvant vous fournir un suivi physique et ostéopathique d’un joueur formé en interne. On est alors obligé de parler finances et de choisir dans les investissements soit disant prioritaires.
De même qu’à l’heure actuelle il est important de PARAITRE ET D’AVOIR, quitte à ne pas manger à sa faim tous les jours. Chacun a son ordre de priorité. Avec une équipe à faire gagner, pour moi tout est un peu différent et parfois on se heurte à des murs. Ainsi je trouve secondaire de faire peindre un bus à l’effigie des joueurs, alors qu’investir cet argent dans un véritable staff médical serait plus professionnel pour gagner. En fin de saison si vous êtes presque relégable et que vous gagnez une fois ou deux fois 3 points cela donne une véritable bouffée d’oxygène.
Mais ne soyons pas dupe. Ce qui est bon est rare, ce qui est rare est cher. Alors dans la relation entre l’entraîneur et l’ostéopathe il est nécessaire que s’installe une bonne disponibilité, une relation étroite et un discours réaliste.
Faut- il un exercice interne ou externe au club ? Les débats et les tarifs sont posés.
L’important à mon sens est que les valeurs de transparence, d’échanges, d’uniformité du discours de tout le staff soient mises en place. C’est la base prioritaire de fonctionnement et je suis intransigeant dans ce domaine.
Nous sommes dans un contexte de compétition et la moindre parole peut prendre d’énormes ampleurs. Tout ceci est une histoire de relations humaines avec des égos à gérer. Avec le staff médical (ostéopathe compris), les entraineurs et les dirigeants on créé ensemble un équilibre qui est difficile à réaliser mais ô combien fragile et facile à remettre en cause si la communication intelligente et l’anticipation ne sont pas au rendez vous. Le joueur se programme avec ce qu’il entend et si l’uniformité du discours n’est pas de règle il saura le cas échéant vous rappeler que tout le monde (du staff) n’était pas d’accord à son sujet, alors que tous étaient dans leur bon droit et de bonne foi intellectuellement parlant.
3 – OSTEOPATHE ET FOOTBALL.
La notion de temps est aléatoire suivant le contexte dans lequel on se trouve.
On amène à l’ostéopathe un joueur blessé depuis X temps. On a soit disant tout essayé sur lui, mais bien sur sans vous donner toutes les infos. Le joueur quant à lui est aux abois. On attend de vous maintenant tout de suite que vous soyez le magicien qui en 1 séance rétablisse la situation, l’équilibre. C’est alors votre crédibilité qui est en jeu. Je vous préviens attention aux pièges.
Et Oui le Football Pro rend FOU et comporte des dangers. Le premier c’est le POUVOIR DU JOUEUR.
Il est valorisant de traiter un joueur célèbre ou en pleine ascension. Si c’est le joueur qui décide par copinage ou autre, on risque alors de perdre en libre arbitre ce qu’on croit gagner en notoriété.
Un autre danger : à force de parler football, (surtout football) de côtoyer ce milieu, d’écouter et de recevoir les messages, les confessions des uns et des autres, le risque est de commencer à croire que tout tourne autour de vous et ou de l’ostéopathie et de se sentir alors investi d’un quelconque pouvoir de jugement ou de « jaugeage », je juge et je jauge…. Attention aux donneurs de leçon et des donneurs d’avis. Il faut garder la tête froide et toujours savoir à qui l’on s’adresse.
A mon sens il est aussi nécessaire de respecter certaines priorités :
La Maturité et la distance professionnelles sont à valoriser sans pour cela y voir de l’insensibilité. Vous êtes l’autorité dans votre cabinet, Sacher garder des distances respectables, tout en restant sensible à l’autre.
Vous devez garder votre autonomie, de lieu (cabinet ou local spécifique) de pratique (maîtrise des horaires), de rétribution. Je pense profondément qu’il vous faut vous imprégner du contexte, conserver une grande disponibilité et qu’il est nécessaire d’accepter les risques de la compétition en assumant le côté urgence ostéopathique.
En conclusion, je voulais juste vous faire partager mon vécu de joueur, d’entraîneur, mes motivations et convictions à travers notre dénominateur commun : l’ostéopathie et le football. Finalement le Haut Niveau, c’est l’exigence que l’on veut bien mettre dans son travail. J’ai eu la chance de rencontrer des gens qui m’ont bousculé dans ma réflexion. La pluridisciplinarité, la volonté d’avoir toujours ce temps d’avance à travers ces motivations profondes de progression et de compétition, m’ont convaincu que l’on ne gagnait jamais tout seul.
L’ostéopathie en terme de prévention, de suivi et d’intervention, rentre pour moi parfaitement dans cet esprit et permet de s’approcher de Graal de la durée dans la performance, bien spécifique du football professionnel.
Merci de votre attention.
Pierre Girard D.O, Directeur







